Si le tourisme de luxe en fait parfois trop et tend à dénaturer certaines destinations, force est de constater que les riches du « new money » ont fait évoluer leurs demandes et leurs codes - Depositphotos.com, teamtime
Beau temps pour le tourisme de luxe !
Selon le dernier rapport Virtuoso présenté à la 34e édition de la Travel Week à Las Vegas, les touristes de luxe dépensent 20 fois plus que les touristes « réguliers ».
Mieux, selon la mĂȘme enquĂȘte, ces privilĂ©giĂ©s dĂ©penseront 34% de plus quâavant la pandĂ©mie, ce qui fera grimper leurs dĂ©penses de 20 700 USD en moyenne Ă 27 800 USD ! Et cela par personne.
Ce qui, comparé aux 1 600 euros en moyenne dépensés par une famille française constitue un fossé particuliÚrement vertigineux. Mais, somme toute peu étonnant.
Encore plus excitant pour les opĂ©rateurs de luxe, David Kolner, responsable de la stratĂ©gie chez Virtuoso a dĂ©clarĂ© que 2023 s'annonce comme un record pour les ventes de voyages de son entreprise. Elles sont en effet dâores et dĂ©jĂ supĂ©rieures de 47% Ă celles d'avant Covid 2019 !
Autres prévisions globales cette fois, celles du cabinet Bain pour l' « European Cultural and creative industries alliance » (ECCIA), qui regroupe des marques de luxe. Selon celles-ci, ce marché pourrait tripler dans les 10 ans.
Enfin, selon le Luxury Outlook 2022 réalisé par le Boston Institute et le Comité Colbert, l'industrie du luxe est revenue aux niveaux d'avant Covid en 2021 et devrait grimper de 6% par an entre 2022 et 2026.
Elle devrait passer d'environ 388 milliards d'euros en 2022 Ă environ 494 milliards d'euros en 2026. Mais, prĂšs des deux tiers de la croissance de l'industrie proviendront d'autres marchĂ©s que l'Europe et les Ătats-Unis entre 2021 et 2025.
Selon le dernier rapport Virtuoso présenté à la 34e édition de la Travel Week à Las Vegas, les touristes de luxe dépensent 20 fois plus que les touristes « réguliers ».
Mieux, selon la mĂȘme enquĂȘte, ces privilĂ©giĂ©s dĂ©penseront 34% de plus quâavant la pandĂ©mie, ce qui fera grimper leurs dĂ©penses de 20 700 USD en moyenne Ă 27 800 USD ! Et cela par personne.
Ce qui, comparé aux 1 600 euros en moyenne dépensés par une famille française constitue un fossé particuliÚrement vertigineux. Mais, somme toute peu étonnant.
Encore plus excitant pour les opĂ©rateurs de luxe, David Kolner, responsable de la stratĂ©gie chez Virtuoso a dĂ©clarĂ© que 2023 s'annonce comme un record pour les ventes de voyages de son entreprise. Elles sont en effet dâores et dĂ©jĂ supĂ©rieures de 47% Ă celles d'avant Covid 2019 !
Autres prévisions globales cette fois, celles du cabinet Bain pour l' « European Cultural and creative industries alliance » (ECCIA), qui regroupe des marques de luxe. Selon celles-ci, ce marché pourrait tripler dans les 10 ans.
Enfin, selon le Luxury Outlook 2022 réalisé par le Boston Institute et le Comité Colbert, l'industrie du luxe est revenue aux niveaux d'avant Covid en 2021 et devrait grimper de 6% par an entre 2022 et 2026.
Elle devrait passer d'environ 388 milliards d'euros en 2022 Ă environ 494 milliards d'euros en 2026. Mais, prĂšs des deux tiers de la croissance de l'industrie proviendront d'autres marchĂ©s que l'Europe et les Ătats-Unis entre 2021 et 2025.
Les attentes de la clientÚle : entre les « new money » et les « old money »
Bien Ă©videmment. Dâune part, elles en ont sur lâoffre, dâautre part sur la demande.
Une demande qui prĂ©sente des similaritĂ©s mais qui nâen est pas moins plurielle et notamment segmentable en deux grandes catĂ©gories : les nouveaux riches (les « new money ») et les riches traditionnels (les « old money »).
Ainsi, alors que les seconds (plus ĂągĂ©s) recherchent le confort, la fonctionnalitĂ©, la sĂ©curitĂ© Ă tous les niveaux, notamment sanitaire et dĂ©sormais climatique, souvent Ă lâabri de leurs rĂ©sidences secondaires, et lâentre-soi que leur permettent leurs pratiques sociales, les autres sont en quĂȘte des mĂȘmes critĂšres combinĂ©s Ă dâautres.
Lesquels ?
Ils sont plus enclins Ă rechercher de nouveaux ingrĂ©dients, et notamment une extrĂȘme personnalisation de leur consommation touristique, si possible teintĂ©e dâaventure, leur permettant de se dĂ©marquer du vacancier lambda, dâafficher leur statut, et surtout de profiter dâune relative intimitĂ©.
Pour eux aussi, lâentre soi a de lâimportance mais il nâest pas construit sur les mĂȘmes bases sociologiques.
Leur fortune, rĂ©cente, ne leur a pas confĂ©rĂ© des habitudes familiales et sociales en matiĂšre de vacances. Ils sont donc prĂȘts Ă dĂ©couvrir de nouvelles destinations, Ă innover, Ă prendre des risques dans un nouvel environnement, le tout en dĂ©pensant sans compter.
A eux, les villas de luxe dans des destinations exotiques, les locations de yachts extravagants, les restaurants branchĂ©s, les discothĂšques Ă la mode, les boĂźtes de nuit, les NFT, le mĂ©taverse⊠car nâoublions pas que souvent plus jeunes, ils sont connectĂ©s.
Durable, éthique, engagé
Mais attention, tous les observateurs en conviennent : lâavant-garde des « new money » va aussi plus que jamais vers de lâĂ©co responsabilitĂ© donc le durable.
Celle-ci fignole donc les nouveaux codes du luxe passant par la sobriĂ©tĂ©, la quĂȘte dâespace, le dĂ©pouillement, la rĂ©cupĂ©ration (dans le domaine de la mode lâoccasion a le vent en poupe !), etc.
Le tout en Ă©conomisant et recyclant lâĂ©nergie, lâeau, les produits de toilette et surtout en ayant une consommation alimentaire trĂšs locale, composĂ©e de produits relativement raresâŠ
Pour ces nouveaux riches, il va de soi que la nature joue un rĂŽle majeur dans le dĂ©cor et lâambiance proposĂ©s. Sans elles, point de luxe, dâoĂč le succĂšs que rencontrent les Ă©colodges qui poussent partout dans le monde et se louent Ă des tarifs Ă©levĂ©s. DâoĂč le succĂšs confirmĂ© du « glamping ».
Autre prise de conscience : le respect des populations locales et éventuellement la réduction de la pauvreté.
Enfin et surtout, lâimmense prĂ©occupation « santé « physique et mentale pour la sauvegarde de laquelle on est prĂȘt Ă dĂ©penser des fortunes en soins et en activitĂ©sâŠ
Si bien que, comme lâindiquent de nombreux observateurs, notamment une Ă©tude Ifop datant de 2021, le nouveau luxe est en train de se rĂ©affirmer comme un art de vivre et Ă©galement comme une façon de sĂ©curiser son avenir, privĂ© et collectif. Pour cela, il doit donc ĂȘtre engagĂ©.
Celle-ci fignole donc les nouveaux codes du luxe passant par la sobriĂ©tĂ©, la quĂȘte dâespace, le dĂ©pouillement, la rĂ©cupĂ©ration (dans le domaine de la mode lâoccasion a le vent en poupe !), etc.
Le tout en Ă©conomisant et recyclant lâĂ©nergie, lâeau, les produits de toilette et surtout en ayant une consommation alimentaire trĂšs locale, composĂ©e de produits relativement raresâŠ
Pour ces nouveaux riches, il va de soi que la nature joue un rĂŽle majeur dans le dĂ©cor et lâambiance proposĂ©s. Sans elles, point de luxe, dâoĂč le succĂšs que rencontrent les Ă©colodges qui poussent partout dans le monde et se louent Ă des tarifs Ă©levĂ©s. DâoĂč le succĂšs confirmĂ© du « glamping ».
Autre prise de conscience : le respect des populations locales et éventuellement la réduction de la pauvreté.
Enfin et surtout, lâimmense prĂ©occupation « santé « physique et mentale pour la sauvegarde de laquelle on est prĂȘt Ă dĂ©penser des fortunes en soins et en activitĂ©sâŠ
Si bien que, comme lâindiquent de nombreux observateurs, notamment une Ă©tude Ifop datant de 2021, le nouveau luxe est en train de se rĂ©affirmer comme un art de vivre et Ă©galement comme une façon de sĂ©curiser son avenir, privĂ© et collectif. Pour cela, il doit donc ĂȘtre engagĂ©.
Lâengagement responsable des acteurs du luxe selon Ifop
Selon un rapport dâIfop : « lâengagement responsable est clairement un des enjeux majeurs auquel doit faire face le luxe français dĂšs aujourdâhui. Car, pour sa clientĂšle attitrĂ©e, le luxe a un rĂŽle pionnier Ă jouer sur ces sujets.
De fait, dans un contexte de crise Ă©cologique mondiale, pour 85% des clients interrogĂ©s dans trois pays, le secteur du luxe doit montrer lâexemple (modes de production, lutte contre le gaspillage). LâintĂ©rĂȘt pour les produits de luxe Ă©cologiques et responsables est rĂ©el et se retrouve partout.
Un glissement vers ces tendances est dâailleurs Ă souligner en Chine : si lâexcellence reste au cĆur des exigences, lâengagement des acteurs du luxe français sera fortement attendue en Chine dans les annĂ©es qui viennent.
InvitĂ©s Ă dĂ©crire les deux principales caractĂ©ristiques du luxe français au cours des cinq prochaines annĂ©es, 37% des Chinois citent en premier le mot « responsabilitĂ© », avant lâinnovation (29%) ou lâexcellence (26%) ».
De fait, dans un contexte de crise Ă©cologique mondiale, pour 85% des clients interrogĂ©s dans trois pays, le secteur du luxe doit montrer lâexemple (modes de production, lutte contre le gaspillage). LâintĂ©rĂȘt pour les produits de luxe Ă©cologiques et responsables est rĂ©el et se retrouve partout.
Un glissement vers ces tendances est dâailleurs Ă souligner en Chine : si lâexcellence reste au cĆur des exigences, lâengagement des acteurs du luxe français sera fortement attendue en Chine dans les annĂ©es qui viennent.
InvitĂ©s Ă dĂ©crire les deux principales caractĂ©ristiques du luxe français au cours des cinq prochaines annĂ©es, 37% des Chinois citent en premier le mot « responsabilitĂ© », avant lâinnovation (29%) ou lâexcellence (26%) ».
Mais oĂč vont aller les moins favorisĂ©s ?
Tout va donc pour le mieux. Le risque de voir des destinations touristiques se hérisser de constructions pharaoniques est passé.
Surtout dans ce monde post-Covid oĂč lâon redoute encore la promiscuitĂ©, les foules et oĂč lâon fait le lien entre pandĂ©mie et changement climatique.
Mais, hĂ©las, comme notre monde ne tourne pas toujours rond, il semblerait que lâexplosion dâun tourisme de luxe a donnĂ© lâidĂ©e Ă certaines destinations de sâen faire une spĂ©cialitĂ© au dĂ©triment dâautres populations plus modestes.
Un problĂšme ancien, connu et dĂ©noncĂ© partout oĂč il sâest posĂ©. Ainsi, comme le souligne le dernier ouvrage de JĂ©rĂŽme Fourquet, « La France sous nos yeux », une « premiumisation » du tourisme est en marche.
Notamment dans les grandes stations des Alpes dont la fréquentation est redevenue un marqueur social avec des mÚtres carrés à plus de 10 000 euros et des hÎtels-spas de luxe, mais aussi dans certains quartiers des grandes capitales livrés à la spéculation des résidents secondaires et à celle des commerces de grand luxe.
MĂȘme tendance au bout du monde dans les derniers eldorados insulaires que sont les Maldives et les Seychelles tandis que des destinations comme le Bouthan ont augmentĂ© leurs taxes dâentrĂ©e dans le pays pour en limiter la frĂ©quentation et se positionner dâemblĂ©e sur une clientĂšle trĂšs haut de gamme.
Enfin, entrée dans le top 5 des destinations de luxe établi par Virtuoso, il semblerait que la GrÚce se sente pousser des ailes. Elle annonce des investissements importants dans les plus attractives de ses ßles.
Une stratĂ©gie ambitieuse mais guĂšre adaptĂ©e Ă lâĂ©volution souhaitable du tourisme grec. En effet, dâores et dĂ©jĂ , certaines Ăźles couvertes de boutiques et d'hĂ©bergements de luxe sont en voie de dĂ©naturation dâautant plus regrettable que les amas de richesses proposĂ©s dans les commerces ne sont pas Ă la portĂ©e des visiteurs arrivĂ©s trĂšs majoritairement en vols low-cost ! Et surtout Ă la portĂ©e des vacanciers grecs.
Un hiatus qui ne semble pas Ă©branler le ministĂšre du tourisme grec alors que la presse europĂ©enne et française en particulier nâa pas ratĂ© lâoccasion de noter que cet Ă©tĂ©, 43% des Grecs contre 41% en 2019 nâont pas pu se dĂ©placer et sĂ©journer dans leurs Ăźles.
En cause, les tarifs des ferries, de lâessence (2,70 euros par litre en juillet), lâinflation en gĂ©nĂ©ral et le prix excessif des hĂŽtels !
Surtout dans ce monde post-Covid oĂč lâon redoute encore la promiscuitĂ©, les foules et oĂč lâon fait le lien entre pandĂ©mie et changement climatique.
Mais, hĂ©las, comme notre monde ne tourne pas toujours rond, il semblerait que lâexplosion dâun tourisme de luxe a donnĂ© lâidĂ©e Ă certaines destinations de sâen faire une spĂ©cialitĂ© au dĂ©triment dâautres populations plus modestes.
Un problĂšme ancien, connu et dĂ©noncĂ© partout oĂč il sâest posĂ©. Ainsi, comme le souligne le dernier ouvrage de JĂ©rĂŽme Fourquet, « La France sous nos yeux », une « premiumisation » du tourisme est en marche.
Notamment dans les grandes stations des Alpes dont la fréquentation est redevenue un marqueur social avec des mÚtres carrés à plus de 10 000 euros et des hÎtels-spas de luxe, mais aussi dans certains quartiers des grandes capitales livrés à la spéculation des résidents secondaires et à celle des commerces de grand luxe.
MĂȘme tendance au bout du monde dans les derniers eldorados insulaires que sont les Maldives et les Seychelles tandis que des destinations comme le Bouthan ont augmentĂ© leurs taxes dâentrĂ©e dans le pays pour en limiter la frĂ©quentation et se positionner dâemblĂ©e sur une clientĂšle trĂšs haut de gamme.
Enfin, entrée dans le top 5 des destinations de luxe établi par Virtuoso, il semblerait que la GrÚce se sente pousser des ailes. Elle annonce des investissements importants dans les plus attractives de ses ßles.
Une stratĂ©gie ambitieuse mais guĂšre adaptĂ©e Ă lâĂ©volution souhaitable du tourisme grec. En effet, dâores et dĂ©jĂ , certaines Ăźles couvertes de boutiques et d'hĂ©bergements de luxe sont en voie de dĂ©naturation dâautant plus regrettable que les amas de richesses proposĂ©s dans les commerces ne sont pas Ă la portĂ©e des visiteurs arrivĂ©s trĂšs majoritairement en vols low-cost ! Et surtout Ă la portĂ©e des vacanciers grecs.
Un hiatus qui ne semble pas Ă©branler le ministĂšre du tourisme grec alors que la presse europĂ©enne et française en particulier nâa pas ratĂ© lâoccasion de noter que cet Ă©tĂ©, 43% des Grecs contre 41% en 2019 nâont pas pu se dĂ©placer et sĂ©journer dans leurs Ăźles.
En cause, les tarifs des ferries, de lâessence (2,70 euros par litre en juillet), lâinflation en gĂ©nĂ©ral et le prix excessif des hĂŽtels !
* Bien que tous les rapports ne soient pas exactement dâaccord entre eux, la France, l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni sont en tĂȘte avec un tourisme de luxe qui dĂ©passe les 20 milliards d'euros.
L'Allemagne capte, elle, entre 5 et 10 milliards d'euros, soit autant que la Suisse. Mais d'autres pays tirent également leur épingle du jeu comme la GrÚce à 10 milliards d'euros (7% de son PIB) et le Portugal entre 4 et 6 milliards d'euros.
L'Allemagne capte, elle, entre 5 et 10 milliards d'euros, soit autant que la Suisse. Mais d'autres pays tirent également leur épingle du jeu comme la GrÚce à 10 milliards d'euros (7% de son PIB) et le Portugal entre 4 et 6 milliards d'euros.
Journaliste, consultante, confĂ©renciĂšre, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin dâen analyser les consĂ©quences sur le secteur du tourisme.
AprĂšs avoir dĂ©veloppĂ© pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de lâactualitĂ© oĂč elle dĂ©code le prĂ©sent pour prĂ©voir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.
Contact : 06 14 47 99 04
Mail : touriscopie@gmail.com
AprĂšs avoir dĂ©veloppĂ© pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de lâactualitĂ© oĂč elle dĂ©code le prĂ©sent pour prĂ©voir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.
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